Début novembre, deux jeunes Aigles de Bonelli ont été abattus dans les départements du Gers et des Landes.

Des tirs avérés

Deux jeunes oiseaux nés ce printemps dans le Gard et l’Hérault ont fini leur vie dans le sud-ouest de la France en pleine période de chasse (31 octobre et 2 novembre 2019), à proximité de palombières. Ces deux oiseaux ont été récupérés par des agents de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) grâce à l’appui de naturalistes locaux. Les radios pratiquées ont révélé la présence de très nombreux plombs chez les deux oiseaux autopsiés. Les acteurs du Plan national d’actions en faveur de l’Aigle de Bonelli condamnent fermement ces actes passibles de 2 ans d’emprisonnement et 150 000 € d’amende. Plusieurs plaintes contre X vont être déposées pour destruction d’espèce protégée. 

L’Aigle de Bonelli en France

Avec seulement 38 couples en 2019, l’Aigle de Bonelli demeure un des rapaces les plus menacés de France. Sa répartition se limite au pourtour méditerranéen des Pyrénées-Orientales à l’ouest au Var à l’est et au sud de l’Ardèche au Nord. Au regard de son statut, cette espèce bénéficie d’un Plan National d’Actions (PNA) piloté par l’Etat et le Conservatoire d’espaces naturels du Languedoc-Roussillon. L’Aigle de Bonelli est une espèce sédentaire dont chaque couple occupe un même domaine vital (espace qui leur est nécessaire pour se nourrir, se reproduire et se reposer) au cours du temps. La seule ponte de l’année a lieu dès la mi-février après une parade nuptiale entamée en fin d’automne. L’éclosion (un à deux aiglons) s’étend de mars à avril, et leur envol du nid débute dès le mois de mai. Les jeunes restent avec leurs parents jusqu’à la fin de l’été avant de quitter le territoire natal et partir explorer de nouveaux espaces parfois très éloignés. Cette phase d’erratisme dure deux à trois années pendant lesquelles les jeunes aigles vont s’aguerrir, gagner en expérience et perfectionner leurs méthodes de chasse. Pour ce faire, ils recherchent des zones riches en proies (plaines, zones humides) et différentes des domaines vitaux des couples d’adultes évitant ainsi toute concurrence alimentaire. C’est le cas des secteurs explorés par les deux jeunes aigles abattus dans le Gers et les Landes.

Le braconnage, une menace mal évaluée

La destruction de rapaces par tir reste une problématique régulièrement relayée par les centres de soin de faune sauvage qui accueillent de nombreux rapaces pendant la période d’ouverture de la chasse. La découverte d’oiseaux plombés reste néanmoins aléatoire du fait de la difficulté de retrouver leurs cadavres en milieu naturel. Afin de mieux identifier et évaluer les causes de mortalité (tir, électrocution, noyade, etc.), un programme d’équipement avec des balises GPS de jeunes aigles de Bonelli a été lancé en 2017. Ce programme, sous maîtrise d’ouvrage de la DDTM du Gard, est mis en œuvre par le CEN PACA et La Salsepareille dans le cadre du PNA et du programme de baguage validé par le CRBPO. Il a permis d’équiper 42 jeunes en 3 ans. Ce sont les balises posées sur ces oiseaux qui ont permis de retrouver rapidement les cadavres de ces deux aigles et d’identifier la cause de leur mort.

Ces actes malveillants portent un coup aux efforts humains et financiers importants mis en œuvre pour la préservation de l’Aigle de Bonelli en France par de nombreux acteurs publics, privés et associatifs.

PNA AB : Plan National d’Actions en faveur de l’Aigle de Bonelli

DDTM : Direction Départementale des Territoires et de la Mer

CEN : Conservatoire d’espaces naturels

CRBPO : Centre de Recherche sur la Biologie des Populations d’Oiseaux

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